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Aperçu de l’iconographie copte

Un grand merci à Melle Marie Gabrielle LEBLANC qui est venue, le 8 novembre dernier, nous donner un avant-goût de cette expression spirituelle et artistique en pleine renaissance et qui nous a aimablement fourni les clichés de sa collection particulière concernant la thématique de l’entrée en Egypte de la Sainte Famille.
Un grand merci également au photographe John POLE qui nous en a autorisé ici la publication.
Les considérations qui suivent doivent beaucoup à l’article du P. Michel QUENOT "Réflexion sur l’icône et sur l’icône copte en particulier", paru dans le n°19 de la revue "Le Monde Copte", ainsi qu’à un autre article de Ashraf et Bernadette SADEK, "Iconographie et icônes d’Egypte", publié dans le n°66 de la revue "Le Chemin".

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Si l’art copte a commencé dès le IIe siècle (icônes et peintures murales) et si les fresques les plus anciennes (IIe) sont dans des tombes chrétiennes du désert occidental, les plus anciennes icônes égyptiennes conservées à ce jour datent, semble-t-il, des Ve-VIIe siècles.
L’exemple le plus célèbre est au musée du Louvre : il s’agit d’un panneau de bois carré de 57 cm de côté, représentant le Christ passant son bras droit autour des épaules de l’abbé Ména, probablement abbé du monastère de Baouît où l’on a trouvé cette icône.
La valeur artistique de cette icône, son originalité, le geste de tendresse du Christ qui rappelle les représentations de l’Egypte ancienne ont en quelque sorte fait de ce panneau la pièce maîtresse de l’art copte.

Séparés de leurs frères orthodoxes après le concile de Chalcédoine en 451, les Coptes ne vécurent pas la tourmente iconoclaste (= lutte contre les images). Pourtant, et bien que les sources littéraires attestent l’existence et l’usage d’icônes tout au long de l’histoire chrétienne en Egypte, on n’en a plus guère conservés au fil des siècles suivants.

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icône de Isaac Fanous (1919-2007), le père du renouveau iconographique copte. ©John Pole
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icône de Jacqueline Ascott. ©John Pole
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Icône de la Sainte Famille
L’arrivée de la Sainte Famille au monastère Deir el Moharraq - icône d’Armia El Katcha ©John Pole

Il faut attendre la 2ème moitié du XXème s. pour assister à une spectaculaire renaissance de la spiritualité et de l’iconographie coptes. Signalons dans ce renouveau le rituel de consécration des icônes par l’évêque qui est actuellement remis en valeur pour les véritables icônes qui proviennent des ateliers d’Isaac FANOUS ou de ses disciples. En effet, dans le rite copte, seules les icônes consacrées peuvent être vénérées.

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Le bain de l’enfant Jésus
©John Pole

Qu’elle soit byzantine, russe, roumaine ou copte, l’icône authentique recourt aux mêmes symboles, traite des mêmes thèmes, exprime la même foi.
Par rapport à l’image religieuse qui recourt à des formes profanes, au subjectivisme de l’artiste qui s’exprime sur un thème religieux, l’icône est au contraire le produit de l’Église qui lui a donné sa forme au fil des siècles.
Théologie en couleur, art théologique, elle trouve sa justification dans l’Incarnation qu’elle proclame, car si Dieu s’est incarné, a revêtu notre chair, il peut être représenté.
Développée en harmonie avec les évangiles et les textes liturgiques dont elle visualise le contenu avec le concours des symboles, l’icône s’inscrit dans la liturgie, y joue un rôle essentiel, de sorte qu’elle est une image liturgique. Un détail révélateur à cet égard dans les icônes égyptiennes contemporaines :l’ange qui guide la Sainte Famille est vêtu d’une aube blanche et d’une étole rouge comme les diacres coptes (la seule couleur liturgique dans l’Eglise copte est le rouge toute l’année).

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icône d’Adel Berty ©John Pole

Les corps disproportionnés, de même que le peu d’intérêt manifesté pour les traits corporels, concentrent la vision sur l’essentiel, à savoir la force de l’Esprit Saint qui les habite.

L’absence de naturalisme, d’émotion et de sensualité rappelle, en effet, que l’icône ne représente pas le monde de la chair, et la diminution de l’accent corporel permet la mise en évidence du spirituel exemplifié par les yeux démesurément larges, symbole de la vision intérieure.

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Icône d’Elia Youssef ©John Pole

L’icône copte se distingue fondamentalement de l’icône byzantine par son caractère d’art populaire, oeuvre de gens simples, moines, artisans, paysans, pour des gens simples.
On est en effet frappé, en contemplant une icône égyptienne, par la simplicité, la douceur et la joie qui s’en dégagent, et qui confèrent à ces icônes un caractère moins austère que celui des icônes byzantines et russes.

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icône de Mary Guirguis ©John Pole

En effet les icônes coptes ne représentent jamais la souffrance ni l’angoisse, mais seulement la sérénité et la paix glorieuse des enfants de Dieu, victorieux du mal : Bien que l’Eglise d’Egypte ait souffert, plus que tout autre, des persécutions accompagnées d’effroyables tortures avec, trop souvent, des conséquences notoires, elle n’a jamais laissé ces persécutions détruire en elle la tendresse de l’Espérance qu’elle exprime dans sa vie religieuse.

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icône de Nancy Barsoum ©John Pole

La disproportion des personnages a souvent été mentionnée : la grosseur de la tête évoque la prédominance du spirituel, tandis que les contours très marqués renforcent le sentiment d’unité intérieure qui caractérise les saints.

Les traits sont simplifiés, et le visage est dominé par des yeux immenses, cernés, au regard insistant, qui rappellent ceux des sarcophages égyptiens et des portraits du Fayoum et traduisent la force de l’Esprit et la vision contemplative.

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icône d’Armia El Katcha ©John Pole

Les personnages sont le plus souvent statiques, leurs vêtements rigides effacent toute forme anatomique du corps.
Si le bas du corps est parfois de profil, en particulier chez les saints cavaliers, le buste, lui, est toujours en position frontale, et l’attitude est ouverte au spectateur.
La position d’orant est la plus fréquente, elle rappelle l’importance fondamentale de la prière chrétienne.
L’iconographie égyptienne met en scène un univers bidimentionnel avec une perspective inversée : l’espace s’étend vers celui qui contemple l’icône et le saint représenté introduit celui qui le regarde dans le monde de l’Éternité.
On retrouve dans les icônes coptes la perspective d’importance, très pratiquée dans l’art pharaonique, et qui consiste à représenter le personnage principal en « taille héroïque » ; l’iconographie néo-copte reprend fidèlement cette tradition.

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Repos de la Sainte Famille en Egypte
icône copte d’Evelin Adel ©John Pole

Notons encore que, comme toutes les icônes, les icônes coptes sont pleines de symboles :
les 4 poissons dans le Nil représentent les 4 évangélistes ; l’ibis qui bat des ailes à l’arrivée de la Sainte Famille représente le dieu Thot (dieu égyptien de la sagesse) qui, au nom des anciens dieux des croyances révolues de l’Egypte ancienne, souhaite la bienvenue au seul vrai Dieu sur la terre d’Egypte ; sur certaines icônes on voit une "ombre lumineuse" : c’est une création d’Isaac FANOUS : les personnages saints dégagent non pas une ombre sombre mais une ombre lumineuse.